Retour sur…Byron Moreno

Déjà la fin du mois de juillet, et toujours rien à dire, sinon pas grand chose, sur l’actualité arbitrale en France. La saison en est encore à ses balbutiements, avec les désignations pour les premiers tours des Coupes d’Europe et les matches amicaux : les choses sérieuses débuteront dans quelques semaines. Pendant cette période de calme, retour dans un passé pas si lointain avec le sulfureux arbitre équatorien Byron Moreno, au centre de la polémique lors de la Coupe du monde 2002.

byron-moreno

Allez demander à un supporter italien de vous parler de Byron Moreno, il vous sortira sans doute tous les noms d’oiseaux qu’il connaît ; nos voisins transalpins vouent encore aujourd’hui une haine féroce (un peu comme pour Raymond Domenech) à cet arbitre équatorien surnommé le « Collina sud-américain ». La raison? Elle se trouve 7 ans en arrière, lors d’un huitième de finale de Coupe du Monde entre la Corée du Sud et l’Italie.

Stade de Daejeon (Corée du Sud), 18 juin 2002. Environ 40000 spectateurs sont venus supporter l’équipe nationale à domicile, qualifiée surprise du groupe D (en éliminant notamment le Portugal de Figo et Pauleta) et épouvantail de cette Coupe du Monde. L’équipe emmenée par le grand tacticien Hiddink défie l’Italie, sortie mollement d’une poule composée du Mexique, de l’Equateur et de la Croatie et entraînée par Giovanni Trapattoni, adepte du catenaccio. Le match s’annonce serré entre une grande nation du football - certes peu en vue lors de la phase de poules - et un outsider poussé par la ferveur d’un pays entier. L’arbitre de la rencontre, Byron Moreno, est un arbitre international reconnu, qui a notamment officié plusieurs fois en Copa America. Il est assisté de Jorge Rattalino, argentin, et de Ferenc Szekely, hongrois (cela aura son importance par la suite).


Dès le début du match, M.Moreno siffle un penalty pour la Corée du Sud, suite à un tirage de maillot. Les italiens ont beau l’entourer et vociférer, il y’a clairement faute de la part de Panucci sur l’attaquant coréen, le penalty est donc justifié ; Buffon arrêtera la frappe de Ahn Jung-Hwan.
L’Italie ouvre rapidement le score, par l’intermédiaire de Vieri sur corner. En seconde mi-temps, Trapattoni, voulant préserver le score, sort Del Piero (attaquant) et Zambrotta (latéral gauche offensif) pour Gattuso et Di Livio, deux milieux défensifs. La stratégie attentiste de l’Italie ne paie pas : les joueurs d’Hiddink égalisent à la 88ème minute par Seol Hi-Kyeon, à la suite d’un dégagement raté de Panucci, encore. On jouera donc la prolongation.

italia-2002

A la 105ème minute, tout s’emballe : Totti, déjà averti, se faufile dans la surface et tombe suite à un contact avec un défenseur. L’arbitre, pourtant loin de l’action, donne un second carton jaune à l’Italien pour simulation. Le ralenti montre qu’il y’a bien eu contact avec Song Chong-Gug, mais aussi que Totti se laisse tomber. Le second carton jaune paraît sévère (voire injuste), car sans forcément qu’il y’ait faute, un joueur touché en pleine vitesse tombera. Il n’y avait ni penalty, ni simulation. L’arbitre étant loin de l’action, on peut penser qu’il a pris sa décision trop vite, et qu’il n’a pas été aidé par son assistant (Moreno le lui reprochera d’ailleurs à la fin du match).

Plus tard dans la prolongation, Gattuso lance idéalement Tommasi dans le dos le la défense coréenne, qui dribble le gardien et marque dans le but vide. Sauf que M. Moreno a sifflé entretemps un hors-jeu peu évident (6 ans plus tard, il avouera son erreur, qu’il imputera à son assistant – link). En regardant l’image en vitesse réelle, on s’aperçoit que Tommasi part dans le dos du dernier défenseur. Seconde erreur de l’arbitre équatorien, ou plutôt de son assistant.

Finalement, Ahn crucifie l’Italie sur une tête à 2 minutes des tirs aux buts, l’Italie est éliminée. Trapattoni, furieux, ira jusqu’à accuser (en plus de remettre en cause la compétence de Moreno) la FIFA de favoriser la Corée du Sud afin de promouvoir le football dans une zone à forte expansion (ce qui sera repris lors du quart de finale contre l’Espagne, avec deux buts refusés sur des hors-jeu peu évidents). Argument risible : même si l’Italie a été désavantagée par des faits de jeu, ce n’est pas l’arbitre qui a loupé deux buts tout faits (comme Vieri) ni qui a fait des mauvais choix tactiques, comme la rentrée de deux milieux défensifs pour tenir un score. Pour la petite histoire, Ahn Jung-Hwan sera licencié du club de…Pérouse, en Italie, à la fin de cette coupe du Monde, pour avoir trahi « le pays de son club ». Sepp Blatter, président de la FIFA, ira jusqu’à demander une enquête sur Moreno, tout en réfutant les accusations d’arbitrage téléguidé favorisant la Corée du Sud. L’enquête n’aboutira pas, car fondée sur peu d’élements tangibles.

Ce match s’ajoute aux nombreux exemples d’erreurs d’arbitrage pointées du doigt pendant cette Coupe du Monde. On reprochera, entre autres, les multiples exemples de mauvaise communication entre l’arbitre de centre et ses assistants (L’Italie, par exemple, s’est vue refuser plusieurs buts pour des hors-jeu peu évidents). La parfaite coordination et l’entente avec les juges de touche est primordiale : comme pour la défense centrale dans une équipe, des automatismes et une complicité se créent, et l’expérience en commun permet de mieux gérer les matches. Avant 2002, un arbitre de centre se retrouvait avec des assistants différents à chaque match, parfois de nationalité complètement différente.(contrairement en championnat national, ou les trios restent inchangés).Comment voulez-vous avoir une cohérence dans la gestion des matches?
Après la Coupe du Monde 2002, la FIFA a donc décidé que les trios arbitraux devaient être de même nationalité et désignés avant la compétition, pour une meilleure communication et un arbitrage plus efficace. Sage décision : en 2006, l’arbitrage aura été beaucoup moins sujet à polémique.

Autre match, autre polémique

Le nom de Byron Moreno a été cité, quelques mois plus tard, dans une curieuse affaire, cette fois ci dans le championnat équatorien lors d’un match entre le LDU Quito et le Barcelona Sporting Club (rien à voir avec les Blaugranas).

A la fin du temps réglementaire, le club visiteur mène 3-2 à la suite d’un match acharné. Moreno annonce 6 minutes de temps additionnel, ce qui est déjà beaucoup (et même déjà exagéré, à en croire les observateurs sur place). Ces mêmes arrêts de jeu atteindront 13 minutes (du jamais vu), temps dont aura profité le club de la capitale pour marquer 2 buts (à la 99 et 101ème minute) et l’emporter 4-3 . Seconde polémique dans un pays ou le football est le sport roi, et exacerbée par le fait que Moreno s’était porté candidat à la mairie de Quito pour les prochaines élections municipales ; les instances dirigeantes l’ont donc accusé d’avoir volontairement rajouté du temps afin de favoriser le club de la ville, et de gagner des votes. Hypothèse plausible mais non prouvée par la suite. Cela ne l’empêchera pas d’être suspendu 20 matchs, après nouvelle enquête de la FIFA. Une grande première, qui jette non seulement le discrédit sur Moreno lui-même (quelques mois après le match Italie-Corée), mais aussi sur le football équatorien et Sud-américain.

A son retour de suspension, en mai 2003,  sa réputation de « gachette facile » (rapport aux nombreux cartons qu’ils n’hésitait pas à distribuer) s’est vérifiée une nouvelle fois : il expulse très sévèrement 3 joueurs du Deportivo Quito lors d’un match contre le Deportivo Cuenca. Nouvelle polémique, Moreno est jugé comme étant rigide, avec des décisions parfois incompréhensibles.
Le mois suivant, il annonce la fin de sa carrière à seulement 33 ans, en prétextant ses mauvaises performances passées et une certaine lassitude face aux multiples pressions médiatiques subies.

Une personnalité à part

Concernant le match de 2002, l’expulsion de Totti paraît imméritée, a fortiori quand on voit que Moreno était à 30-40 mètres de l’action : à moins d’avoir un angle de vue idéal, il n’était pas dans les bonnes conditions pour pouvoir juger correctement de la simulation du Romain : c’est ce qui lui sera en partie reproché. Autre problème soulevé : sa très mauvaise communication avec ses assistants, qu’il n’hésitera pas à brocarder par la suite afin de se dédouaner de ses propres erreurs. Moreno avait une personnalité très particulière :  réputé autoritaire, voire rigide,il n’hésitait pas à se servir des sanctions administratives pour se faire respecter, à plus ou moins bon escient. Malgré cela, sa fin de carrière aura été précipitée et sulfureuse; les suspicions de match truqués auront finalement plus desservi son image qu’autre chose. Aux dernières nouvelles, il officierait comme consultant sur une chaîne de télé équatorienne.