En plein dans les révisions pour l’examen probatoire d’arbitre de Ligue 3 (ce sera la 14 novembre, la date approche à grand pas), nous avons quand même des matches à accomplir. Ce weekend, encore deux rencontres au programme : MUC 72 / Carquefou en Critérium Pays de Loire U16 (en AA1) et le lendemain, un long déplacement dans le Sud-Ouest du département pour un derby en 3ème division, entre La Chapelle d’Aligné et Villaines sous Malicorne.
Convoqué le vendredi pour le lendemain, c’est le genre de choses auxquelles il faut s’attendre lorqu’on est arbitre amateur…bon, ça aurait pu être pire : une rencontre de Critérium Pays de Loire U16. Ce coup-ci, je ne vais pas à Sablé s/ Sarthe, mais à quelques kilomètres de chez moi, au stade du Clos Fleuri de Mulsanne (le nom dira certainement quelque chose aux amateurs de course automobile, rapport au célèbre virage du même nom des 24 heures du Mans) situé à côté du complexe de la Pincenardière, le centre d’entraînement du MUC72. Ce sera justement le MUC 72 B qui sera opposé à une des grandes surprises de la Coupe de France il y’a deux saisons, Carquefou.
Originellement Arbitre Assistant 2, je passe Assistant 1 car c’était le premier match de mon collègue Romain, qui venait d’avoir son examen théorique de District. L’arbitre central, Boris, arbitre de Ligue pour le club de Volnay, était pour l’occasion observé par Stéphane, un de nos formateurs au District et à la Ligue, réputé pour nous concocter des questionnaires tordus mais aussi pour être un bon observateur, très objectif.
Le début du match est à mettre à l’actif des manceaux, globalement plus techniques que les joueurs de Loire-Atlantique ; pourtant, c’est Carquefou qui aura l’occasion la plus nette dans les premières minutes, grâce à une frappe du n°10 que le gardien est tout heureux de voir ricocher sur sa barre transversale. Néanmoins, le MUC est dominateur, et joue à la ba-balle tandis que les carquefoliens se regardent en chiens de faïence. Il ne manque qu’un but pour concrétiser cette domination : tantôt maladroits, tantôt butant sur le gardien adverse, le score à la mi-temps reste donc nul et vierge.
Boris est très critique sur sa prestation en première période, trop même : il s’invente de mauvais placements, une mauvaise condition physique…certes, il a oublié quelques fautes qui auraient dû être sifflées, mais sa gestion du match reste bonne, sans faute technique. Stéphane ne préfèrera pas intervenir à la mi-temps, nous réservant son débriefing pour la fin du match.
La seconde mi-temps verra les manceaux baisser le pied et les carquefoliens reprendre du poil de la bête, sans toutefois réellement inquiéter le portier du MUC. C’est techniquement assez pauvre, il y’a beaucoup de perte de balle, mais une certaine intensité dans les duels, sans pour cela commetre beaucoup de fautes. Les manceaux ont quelques occasions franches, mais pêchent par maladresse. A la fin du match, lors d’un cafouillage dans la surface, un joueur de Carquefou laisse le ballon rebondir sur son genou, et le passe ainsi à son gardien. Boris signale un coup franc indirect dans la surface de réparation, c’est alors que j’agite mon drapeau. Pourquoi me direz-vous? Eh bien, si le ballon touche le ballon, la tête ou LE GENOU d’un joueur pour une passe en retrait du gardien, alors il n’y a pas d’infraction. Les joueurs du MUC n’ont pas très bien compris pourquoi le coup franc a été retiré, je leur ai expliqué calmement après le match. Le match se termine comme il a commencé, 0-0.
Boris a trouvé sa prestation mauvaise, Stéphane aura quelque peu modéré ses propos : le match a été correctement géré, malgré une grosse baisse de régime vers la fin. Il sera bien noté, je ne me fais pas de souci pour lui.

Le lendemain, direction le fin fond du Sud-Ouest de la Sarthe pour un match de 3ème division entre deux équipes qui jouent le haut de tableau, la Chapelle d’Aligné et Villaines sous Malicorne. Un match joué sous une petite bruine fraîche, pas franchement l’idéal quand on porte un maillot à manches courtes…un terrain champêtre et bosselé, cela sentait VRAIMENT le match pourri du mois de novembre. C’est ça, le football de campagne (la proximité avec la Mayenne, sans doute…)
Les deux clubs sont distants de quelques kilomètres seulement, encore un derby en perspective. Seulement, si le précédent match de Bouloire s’était bien déroulé, ce match-là aura été chaud, avec certains joueurs qui avaient visiblement laissé leur cerveau au vestiaire.
Le match est engagé et ce sont rapidement les joueurs de Villaines, en vert, qui se procurent des occasions : plus tranchants, plus vifs mais aussi plus physiques, jusqu’à un certain anti-jeu ; dans les 10 premières minutes, je dois déjà rappeler à l’ordre un joueur qui balance le ballon par dépit, alors que je lui ai signalé que la touche était fausse. Parlons-en des touches : sur ce match, elles ont été tout bonnement catastrophiques, j’ai bien dû en faire refaire une quinzaine. Un vrai festival de pieds décollés et de fautes en tout genre.
En milieu de première période, carton jaune (voire même jaune orangé) pour un joueur de Villaines, coupable d’un tacle stupide alors qu’il avait perdu le ballon. Vu que ce joueur n’a fait que contester auparavant, son entraîneur a préféré le sortir ; sage décision, il m’aurait pourri le match. Il est inutile de préciser que ce joueur n’avait visiblement pas inventé l’eau chaude…
La domination des joueurs de Villaines reste stérile, et ce sont les joueurs de la Chapelle d’aligné, en jaune fluo, qui ouvrent le score 5 minutes avant la mi-temps. Les visiteurs, depuis un bon quart d’heure, passent leur temps à contester mes décisions, à tort. Je mets ça sur le compte de la frustration due au fait de ne pas avoir trouvé l’ouverture, il n’empêche que cela commence à me peser. Trois minutes après, penalty incontestable pour Villaines suite à une main dans la surface, 1-1, score à la mi-temps.
La seconde période aura été une de mes plus délicates à arbitrer depuis le début de ma « carrière » : les joueurs de Villaines ont remis le couvert, et se montrent de plus en plus virulents au fur et à mesure que leur domination s’étiole. De mon côté, je perds un peu pied : je perds mon écusson, je me trompe de côté sur certaines touches, etc…il m’aura fallu me reconcentrer pendant un temps mort pour mieux gérer mon match, chose que je n’aurais pas forcément faite il y a quelque temps. Le public commence à vociférer, envers les joueurs, et après quelques fautes sifflées qui n’étaient pas de leur goût. J’imagine que je m’en suis pris plein la tête, mais pour être honnête, je n’y ai pas prêté grande attention.
La Chapelle d’Aligné marque finalement 2 buts dans le dernier 1/4 d’heure, et l’emporte 3-1. A la dernière minute, les esprits commencent à s’échauffer, et une spectatrice insulte un joueur de Villaines. celui-ci répond « ferme ta gueule toi, connasse ». Comme toute insulte sur le terrain est bannie (que ce soit envers l’arbitre, un joueur, un coéquipier ou un spectateur), je sors le carton rouge, sanction vivement contestée par le club visiteur : le joueur a été provoqué. Je suis désolé mais un joueur de foot, quelque soit son niveau, doit être capable de garder son sang-froid dans ce genre de situations : la spectatrice a réussi son coup, à savoir déstabiliser le joueur adverse. Il faudrait être plus intelligent que ça, et laisser les gens déverser leur bile.
Au final, les visiteurs étaient tellement mécontents qu’ils sont repartis sans leur licences ni leur feuille de match, et en embarquant la clé du vestiaire visiteurs! Une petite bonne femme est venue me voir à la fin du match, me disant que j’avais été acheté ; il s’est avéré que c’était la mère du joueur que j’avais averti en première période (vous avez suivi?), visiblement connue dans le coin, pas forcément en bien. Anecdote drôle : d’après une dirigeante de la Chapelle, il y’a 20 ans, la mère de cette bonne femme (excusez moi pour l’expression) venait toujours au stade avec un parapluie pour…taper discrètement sur les spectateurs qui hurlaient contre son fils, ou pour « punir » un arbitre qui aurait eu la mauvaise idée de ne pas avantager son équipe…édifiant, non?
Je suis malgré tout content de ce match, et de voir que malgré un contexte difficile, j’ai su réagir et finalement ne pas me laisser déborder par les contestations, un excellent point pour la suite.
Â

Je ne savais pas que le genou exemptait de CFI (pas de faute), qu’en a dit l’observateur ? J’aurai fait la faute.
L’observateur a dit que j’avais eu raison de le signaler, même si une telle faute ne lui aurait pas été « fatale ». Je m’en suis rappelé car c’était l’objet d’une question lors d’un de mes questionnaires « blancs », comme quoi ça sert toujours :)
tu na pa dis que juste avant ce match tu a revu cejoueur ki ta ten fai rever